Rony Célestin : l’arrogance d’une impunité qui vacille
L’ancien sénateur du Centre, Rony Célestin, longtemps protégé par son pouvoir d’argent et ses réseaux politiques, se retrouve aujourd’hui face à une convocation officielle de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Attendu au Bureau des affaires financières et économiques, il devra répondre aux enquêteurs dans le cadre d’une enquête sensible qui ravive les plaies béantes de la corruption et du crime organisé en Haïti.
Célestin n’est pas un inconnu des dossiers sulfureux. Déjà sanctionné à l’étranger pour ses pratiques douteuses, il incarne l’image d’un politicien arrogant, ignorant et persuadé d’être intouchable. Ses contrats faramineux au BMPAD, souvent non honorés, ont alimenté des soupçons de détournement massif de fonds publics. Ses villas luxueuses au Canada et en République dominicaine sont devenues les symboles ostentatoires d’une fortune bâtie sur le pillage des caisses de l’État.
Mais l’ombre qui plane sur lui dépasse le champ financier. Son nom est cité dans le dossier criminel de l’assassinat du journaliste de Mirebalais, Néhémie Joseph. Des témoignages accablants, dont celui de l’ex-sénateur Willot Joseph, l’associent directement à ce crime odieux. À cela s’ajoutent des accusations persistantes de contrebande, de trafic de drogue et de blanchiment d’argent, autant de pratiques qui ont transformé la frontière en une zone de non-droit sous son contrôle.
Aujourd’hui, convoqué par la justice, Rony Célestin ne peut plus se cacher derrière l’immunité parlementaire ni derrière ses réseaux. Cette audition marque peut-être le début de la fin d’une ère d’impunité. Pour un pays exsangue, miné par la corruption et la violence, voir un tel personnage enfin contraint de rendre des comptes serait un signal fort : celui que la justice peut encore frapper, même les plus arrogants.
Jean Castel
Juriste et philosophe

La Redaction de Hebdo POST
