Compromis bidon à l’hôtel Montana : quand les corrompus redessinent l’État à huis clos
Haïti traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine. À mesure que le pays s’approche du 7 février, date symbolique marquant la fin annoncée du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), l’espoir d’une sortie de crise crédible semble s’éloigner. Au lieu de placer l’intérêt national au centre des débats, une partie de la classe politique paraît surtout préoccupée par sa survie politique.
Réunis depuis trois jours à l’hôtel Montana, des acteurs politiques affirment chercher une solution à la crise multidimensionnelle qui étouffe le pays. Mais derrière les discours de façade, les conclusions issues de ces rencontres suscitent davantage d’inquiétude que d’espoir. Car loin de répondre aux attentes de la population, une nouvelle formule de compromis politique, jugée artificielle et déconnectée de la réalité, a été mise sur la table.
Alors que la majorité des organisations politiques et sociales s’étaient prononcées en faveur d’un exécutif bicéphale à l’issue du départ du CPT à neuf membres, trois conseillers-présidents, eux-mêmes cités dans plusieurs dossiers de corruption, ont choisi de mener des négociations parallèles avec certains responsables politiques triés sur le volet. Au terme de ces discussions à huis clos, un « consensus » aurait émergé autour de la création d’un Conseil présidentiel réduit à trois membres.
Pour de nombreux observateurs, cette initiative ressemble davantage à une tentative de recyclage politique qu’à une véritable solution de rupture. En réduisant la taille du CPT sans remettre en question la légitimité ni la responsabilité de ses membres, les architectes de ce compromis semblent vouloir prolonger un système déjà discrédité, au mépris de la colère populaire et des exigences de transparence.
Ce nouvel arrangement intervient dans un contexte particulièrement explosif : insécurité généralisée, territoires contrôlés par des gangs armés, économie paralysée, institutions affaiblies et une population livrée à elle-même. Face à cette réalité, les calculs politiciens et les compromis de dernière minute apparaissent comme une provocation de plus envers un peuple à bout de souffle.
À l’approche du 7 février, date qui cristallise toutes les tensions, ce énième accord bidon risque d’aggraver la crise au lieu de la résoudre. En s’obstinant à privilégier des arrangements entre initiés plutôt qu’une transition claire, inclusive et crédible, les dirigeants actuels prennent le risque d’enfoncer davantage le pays dans l’instabilité, tout en confirmant une triste évidence : en Haïti, la survie politique prime encore trop souvent sur le salut national.
JEAN LOUIS FANFAN.

La Redaction de Hebdo POST
